Aller au contenu
Accueil › Interviews
Interview · 7 octobre 2026

Design produit : approche globale

Parue dans Design faxLes abonnés l'ont lue en avant-première
Interview parue dans Design fax, la lettre professionnelle du design. Les abonnés l'ont lue en avant-première.

Arnauld Blanck a repris en 2020 l’agence DA – Designers Associés avec ses deux associés, Vincent Gravière et Philippe Barsol.

Arnauld Blanck, comment allez-vous ?

A.B. Très bien, même s’il est un fait que l’activité dans le design est surtout dans le packaging et l’architecture commerciale. Cela dit, le design produit fonctionne quand même ! Pour ce qui me concerne, DA m’occupe pas mal, car nous avons une belle trajectoire. En dehors, je dessine et fabrique des enceintes, sous la marque Beauté Acoustique, d’abord pour un usage personnel, et qui a abouti à une petite production d’une vingtaine d’unités. C’est un produit qui est très en phase avec le design : une question de pérennité, d’abord, et surtout le fait de positionner le design au bon endroit, entre le marketing et la supply chain. J’ai une troisième activité en matière de prospective en étant associé au cabinet The Prospectivists. Ajoutons un peu d’enseignement, notamment à l’ENSCi. Précisons cependant que DA est mon activité principale.

Justement, parlez-nous de DA

A.B. L’agence a été créée en 1993 et nous l’avons reprise, Philippe, Vincent et moi, en 2020. Notre objectif est de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur du design, en nous entourant d’un réseau d’experts, ce qui nous permet de traiter de l’ingénierie au branding, en passant par les sciences. À ce propos, on souhaite embaucher un profil ingénieur pour aller plus loin dans la définition industrielle des produits. En matière de positionnement, nous nous qualifions d’artisans d’excellence, car on vise systématiquement un niveau de rendu qui – en toute modestie – épate des clients, comme Decathlon, ou Itemia. L’idée est de travailler avec une approche de tailleur haut de gamme. On n’est pas dans le luxe, mais dans l’attention du sur-mesure. Autre chose : on travaille généralement dans des univers complexes, sur des sujets qui embarquent pas mal de technologie ; dans ce cadre, notre rôle est de garantir la qualité de l’expérience délivrée. À ce titre, on intervient fortement dans le médical, notamment avec Air Liquide, en s’inscrivant dans le human factor engineering. Au bout de cinq ans d’activité avec DA, on sait que ce qui nous anime vraiment c’est de remettre de l’humanité dans des systèmes complexes. On simplifie autant que possible pour une meilleure lisibilité, mais aussi pour rendre la complexité acceptable, viable et désirable. Autant le compliqué on peut le simplifier, autant le complexe ce n’est pas évident. En fait, on veut donner une sensation de simplicité à des écosystèmes complexes en humanisant l’ensemble des interactions. Cela transparait dans nos projets, comme en particulier la fontaine pour Veolia, nos contributions pour Poclain Hydraulics sur les nouvelles générations de moteurs, ou encore l’Inserm ou sur le projet de recherche Ze[US] qui est pour nous un terrain exemplaire. Quand on travaille sur ce type de configuration de projet, on a besoin de beaucoup d’images pour simplifier la complexité, et donc être en mesure d’activer le projet aussi bien en interne qu’en externe. Pour résumer notre fonctionnement chez DA, j’amène la composante stratégique par une compréhension fine des enjeux de l’entreprise, Vincent apporte sa virtuosité en matière de design et Philippe, par ailleurs excellent créatif, donne à s’exprimer sa capacité de piloter la globalité d’un projet. C’est un trio qui fonctionne bien ! 

Quelle est votre vision du métier ?

A.B. Je crois beaucoup au fait que le design industriel, c’est du design de l’expérience avec un fort contenu d’innovation, et qui contient ensuite ce qui se rapporte à l’activation de la marque. Une expérience digitale doit donc se compléter avec un design hardware de qualité. Les clients aujourd’hui prennent conscience de la profondeur des designers produit dans la performance de l’expérience, et plus largement tout au long de la chaîne de valeur. Mais dans les faits, tout cela se met en place lentement et en attendant, les agences de design produit souffrent. Nous avons donc beaucoup de chance avec DA, car dans ce domaine très chahuté, et très intégré, nous arrivons à générer de la valeur. D’autre part, je crois beaucoup au système hybride avec du design intégré d’une part, et l’intervention d’expertises extérieures d’autre part. Les proportions restent à équilibrer, mais cette hybridation est indispensable.

Votre sentiment sur le design français ?

A.B. Nous avons d’excellentes agences de design produit en France. Il y a à la fois une grande qualité et une vraie histoire et culture. J’ai fait partie de l’éphémère Conseil national du design et j’y avais milité pour que les problématiques du design soient bien sériées, car l’on forme beaucoup de designers industriels qui n’auront pas de boulot : il y a un vrai flou autour de la définition des pratiques de nos métiers. Dans tous les cas, le design industriel apportera un renouveau à tous les acteurs de l’industrie. C’est pour cela que nous devons travailler main dans la main.

Une interview de Christophe Chaptal

Article précédemment paru dans le Design fax 1397


Chaque lundi, Design fax publie une nouvelle interview, l'actualité du design et les appels à projets et appels d'offres du secteur.
Recevoir gratuitement un numéroS'abonner à Design fax