Art, design et business

Marine Rouit-Leduc, co-fondatrice et CEO de Meaningful, nous parle de son parcours et de son agence.

Marine Rouit-Leduc, rappelez-nous votre parcours
M.R.L. Je suis la cofondatrice de Meaningful et nous formons un trio complémentaire avec Galilée Al-Rifaï et Nicolas Rouit-Leduc. Pour ce qui me concerne, je viens d’un père architecte et d’une mère artiste. J’ai en quelque sorte choisi la voie du milieu en voulant être designer. J’ai donc suivi une formation en arts appliqués, puis l’ENSCi où j’ai été formée par Jean-Louis Fréchin. J’ai démarré par un stage au Japon chez Kenwood dans l’électronique grand public où j’ai beaucoup appris sur les rapports avec ce pays, ainsi que l’émergence du design dans le marché numérique qui était relativement récent. J’ai démarré ma carrière dans le laboratoire de 3M en France – nous étions en 2008, au début du design thinking – et j’étais la seule designer du labo. Ce fut une expérience très structurante en matière d’innovation et valeur du design considéré sous l’angle de la contribution économique. Puis, j’ai rejoint Attoma où je collabore avec mes deux futurs associés et où je fais mes premières armes en design d’expérience, notamment avec RATP, Thalès et Vinci. Enfin, en 2014, je cofonde Meaningful avec Galilée, également formée à l’ENSCi et qui a démarré dans l’architecture avant de rejoindre Attoma pour conduire des projets d’interface numérique, en particulier pour SNCF, Schneider et Thalès, avec une forte appétence pour le design d’information. Quant à Nicolas, il a étudié la géographie à la Sorbonne tout en ayant un groupe de rock à côté. Il détient une forte expertise en matière d’information et d’informatique. Chez Attoma, il avait la responsabilité du studio UX dans le secteur de l’industrie. Nicolas a rejoint Meaningful en 2018.

Justement, parlez-nous de Meaningful
M.R.L. Meaningful c’est trois associés et une quinzaine de collaborateurs salariés et freelances. Notre positionnement repose sur quatre piliers : arts, Industrie, habitat et numérique. C’est au croisement de ces expertises que nous créons de la valeur. Nos clients apprécient ce positionnement et, d’ailleurs, si l’on enlevait l’un de ces quatre piliers, nous serions moins performants. Notre quadruple compétence nous permet de créer de la singularité pour des clients historiques, comme Saint-Gobain, mais aussi LVMH, EssilorLuxottica ou Safran. Nous avons également une importante activité internationale, par exemple avec PepsiCo, pour qui nous assurons le design de leurs processus logistiques. Sur un versant plus artistique, nous avons eu carte blanche à la villa Savoye et deux de nos pièces sont récemment entrées dans les collections du Mobilier national. Vous voyez que nous faisons un grand écart constant entre recherche artistique sensible et interventions orientées business dans l’industrie. Pour résumer, notre démarche est à la fois très verticale et très horizontale, avec des expertises sectorielles fortes, comme l’UX dans l’industrie, une méthodologie de business design pour créer de nouveaux produits, ou encore l’exploration de technologies sensibles. C’est une complémentarité sur un plan horizontal entre approche stratégique et craft et sur un plan vertical avec des expertises bien spécifiques. Nous pensons le design comme un outil stratégique, pour aller jusqu’à la mise en marché. Nos clients viennent nous voir pour avoir du concret, pour faire du business, pour aboutir à du tangible en fait !

Vos ambitions dans les années qui viennent ?
M.R.L. En tant que créateurs-artisans, on n’est pas dans une démarche de croissance forcenée. Cela dit, on veut continuer à gagner de l’expertise tout en gardant le craft. Au-delà de nos clients historiques, on veut accompagner de nouveaux acteurs sur du design et de l’expérience. Je pense, par exemple, au luxe, à la food, ou encore davantage nous déployer à l’international. On cherche par conséquent à consolider et à poursuivre ce que l’on fait aujourd’hui avec de nouveaux partenaires et de nouveaux clients. Pour information, on recrute des talents, du stagiaire à l’expert confirmé : n’hésitez pas à nous contacter dans cette optique !

Votre vision du design français ?
M.R.L. Je vais faire un pas de côté pour vous répondre. Je vois pas mal de choses à l’international, et via le prisme de l’étranger, on comprend mieux le design français. J’ai compris en discutant avec des experts étrangers que si nous avons en France un écosystème tiraillé entre l’industrie et la culture, pour autant, c’est un écosystème riche, à la fois pour la culture et l’industrie. C’est un fait intéressant et c’est une spécificité tout à fait française. C’est évidemment un aspect que dont nous intégrons chez Meaningful, ainsi que je vous le disais, avec nos synergies entre recherches artistiques et traitement des problématiques industrielles. L’écosystème français permet cela, et on a parfois tendance à l’oublier. D’autre part, il faut prendre les profils de créateurs au sérieux : ils pensent dans l’inconnu et savent faire apparaître des problématiques de nulle part. C’est comme cela que les designers intégrés peuvent être une source de grande richesse. Les designers et les industriels doivent avoir conscience de la richesse que permettent les passerelles entre ces deux univers. 

Quelques mots pour conclure ?
M.R.L. Il faut plus faire que dire !

Une interview de Christophe Chaptal

Article précédemment paru dans le Design fax 1396