Éric Jourdan, directeur de la Cité du design et de l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne (Esadse) est très impliqué dans la Galerie nationale du design
Éric Jourdan, comment allez-vous ?
É.J. Très bien. L’année dernière, la Biennale, sous le thème Présager demain : ressource(s), a constitué un évènement marquant. Son objectif consistait à explorer la manière dont le design, l’industrie, la production, les designers et les écoles se situent par rapport à ces enjeux. Cette Biennale a connu un succès certain, ce que l’on avait plus connu depuis quelques années. De surcroît, le budget a été respecté : on n’a pas eu beaucoup d’argent public, mais on a trouvé un bon mécénat avec Schneider Electric. Pour ce qui concerne l’école, tout va bien. On fait le plein d’étudiants, c’est-à-dire 400, soit le même volume que l’ENSCi, mais avec un budget bien moindre. Cette année, nous avons eu 900 demandes d’admission au concours, ce qui est un excellent signal. Par ailleurs, on a développé l’alternance, ce que nous sommes la seule école publique à faire.
Parlez-nous de la Galerie nationale du design
É.J. C’est une idée que Thierry Mandon, que je salue au passage, a porté dès le départ. Le principe est que puissent être regroupées à Saint-Étienne l’ensemble des collections nationales du Centre Pompidou, du Musée des Arts décoratifs et du design de Bordeaux (MADD Bordeaux), du Frac Grand Large – Hauts-de-France et, bien sûr, la collection du Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole (MAMC+). C’est une vraie offre nationale d’œuvres qui n’étaient pas particulièrement visibles. L’enjeu est national, mais il est également stéphanois : il s’agit, tout au long de l’année, que des expositions puissent être organisées.
Quelle sera la programmation de la Galerie nationale du design ?
É.J. Il y aura une exposition par an avec un commissaire spécifique. La première exposition sera Design en main et sera très liée à l’histoire industrielle de Saint-Étienne et logiquement illustrée par des objets issus des collections nationales. À travers ce type de programmation, l’ambition est aussi de renforcer Saint-Étienne comme un lieu incontournable de design. À une plus petite échelle, nous sommes dans une dynamique de décentralisation comme Louvre-Lens ou le Centre Pompidou-Metz. Précisons que la directrice de la Galerie nationale du design est Aurélie Voltz – également directrice du MAMC+ – et que j’interviens en tant que copilote. Plus généralement, je pense qu’il y a une nécessité de formater les contenus en fonction de la place du design, toujours très toujours centrée sur les Arts décoratifs. J’ajoute que le Comité qui accompagne la galerie, composé notamment de personnalités issues du monde industriel, a posé la question du design industriel dans les collections : c’est effectivement une demande à prendre en compte.
L’opération semble se présenter favorablement ?
É.J. Tout à fait ! Il y a beaucoup de gens qui se penchent sur nous et nombre de parties prenantes sont impliquées au niveau national. Et puis, comme je vous l’ai dit, la galerie s’insère dans la dynamique de l’émergence d’un nouveau quartier, le quartier Cité du design, avec une école, une Biennale et la Galerie nationale. Ce quartier Platine sera un lieu permanent d’exposition. Il y aura également une grande hall évènementielle (ndlr : anciennement le site du GIAT) qui est en cours de réhabilitation. C’est donc tout un écosystème qui est en train de naître avec des hôtels, des commerces et des restaurants. La Métropole joue un rôle majeur dans cette opération, ce qui est légitime compte tenu de son historique et de sa place dans le design européen.
Votre feuille de route 2026 ?
É.J. Ce qui cristallise cette année, c’est bien sûr la galerie, ce qui est logique. C’est quand même un très gros morceau, qui, à titre d’information, a nécessité quelque 10 millions d’euros de travaux. Il faut absolument que cela fonctionne : la galerie est une composante majeure de notre contenu, mais aussi de la vie du quartier. Si on veut que le quartier vive de partout, la galerie est un élément essentiel à la réussite du projet.
Votre sentiment sur le design français actuellement ?
É.J. Je le vois aussi par le prisme des étudiants. Et là, j’observe qu’il y a une sorte de questionnement, de remise en cause par les étudiants et les jeunes designers : ils sont davantage intéressés par la production et les moyens de diffuser cette production que par un pseudo star-système. Ils n’ont plus comme ambition d’avoir leur tête en une sur les journaux. Ils sont très collectifs et veulent produire et diffuser eux-mêmes leur création. C’est une évolution que j’estime très intéressante, car nous sommes là dans une sorte de cycle à la fois capitalistique et alternatif. Je discutais récemment avec un jeune diplômé : il ne souhaite pas passer par un éditeur, mais veut produire et diffuser lui-même. Il y a une véritable volonté de contrôler la chaîne de valeur de la création.
Un mot pour conclure ?
É.J. Rendez-vous le 10 juin pour l’inauguration !
Une interview de Christophe Chaptal
Article précédemment paru dans le Design fax 1392
