Une police pour la banlieue !
Les jeunes designers repoussent les limites de notre métier et en font un outil qui s’adapte à leur mode de vie. Après [->1203], qui a connu un formidable succès en nombre de visites, voici Alexandre Bezu qui met en police le parler à l’accent arabe et le verlan. La recherche menée quand il était étudiant à l’école Intuit lab n’est pas simple, mais elle mérite attention et réflexion de notre part parce qu’exploratoire. Prochainement, Admirable Design vous présentera un article sur le travail d’un autre jeune designer qui a mis en forme graphique la musique électronique ! Tout ceci exprime la formidable réactivité du design et le dynamisme de la relève !

Pour écrire le parler jeune…
1. Un nouveau parler français ?
Mon idée de départ a été un détournement de sujet ! Un représentant de la municipalité de Paris ayant consulté l’école dans le but de créer un alphabet typique et propre à la ville, j’ai pensé que c’était une belle occasion… de tenter de retranscrire graphiquement le phénomène du verlan, qui envahit les conversations depuis une dizaine d’années.
Le verlan est une gymnastique verbale qui dans un premier temps s’est développée dans les cités de banlieue, devenant un système de codage, de cryptage même du dialogue d’une génération pour l’autre. De plus, les codes de langage constituaient un mode de reconnaissance entre certains individus…
Les villes nouvelles construites autour de Paris dans les années soixante sont donc le berceau de cette nouvelle expression de la langue française, déroutante pour les premiers adultes à l’avoir découverte… mais aussi pour les étudiants étrangers, ayant fastidieusement appris une langue déjà réputée difficile dans sa forme régulière !
Les difficultés que rencontrent les gens à se loger dans le centre d’une ville sont la raison principale de la concentration des familles dans ces banlieues-dortoirs ; en retour, les flux quotidiens des banlieusards vers la ville capitale ont pour conséquence l’élargissement de la pratique de ce type de langage et sa rapide diffusion dans toutes les couches de la société française.
Mais le succès de cette nouvelle version du français, outre le phénomène de mode, réside dans les formes de phrasé que ces nouvelles consonances apportent. Ce petit article va vous en révéler une partie afin qu’à votre tour vous puissiez jongler avec cette nouvelle grammaire…

2. Système retenu
Dans notre cas, le système de flèches est de loin le plus universel et le plus esthétique graphiquement, selon moi. Nous verrons par la suite qu’il est, en plus, modulable selon les contractions subies par les mots. Et le français étant une langue assez accentuée, le système de fléchage sera réglable en hauteur (au-dessus ou en dessous des mots) afin de ne pas rendre trop difficile la lecture de plusieurs lignes de texte.
Il est évident que le verlan est, et doit rester, un langage oral.
La transcription que je propose ici n’est qu’une béquille pour qui souhaiterait s’intégrer dans la société française contemporaine ; un mode d’emploi de cette distorsion de notre langue qu’est le verlan. Il est par conséquent impensable qu’un livre soit un jour écrit en verlan pour le confort du lecteur même si à mon sens les signes ainsi obtenus ne doivent pas manquer d’intérêt visuel…

3. Au sujet de la phonétique
Cet alphabet n’est qu’une adaptation du système mis en place, l’alphabet phonétique international (API). Il permet aux personnes non francophones de prononcer les mots français directement en verlan. Graphiquement, cela permet d’obtenir des mots très marqués, quasiment ils sont presque devenus des logos expressifs visuellement.
Cette adaptation demande l’emploi d’un caractère unique pour le verlan, le Futura de Paul Renner (1926). En effet, pour l’API j’ai dû ajouter à l’alphabet roman que nous utilisons une dizaine de signes. À cet effet, le dessin géométrique, sans pleins ni déliés, du Futura convenait parfaitement à ma recherche.

4. De l’arabe dans le roman…
Pour signaler l’origine de certains mots passés dans l’usage, j’ai créé cette variante du roman.
Pour cela, j’ai arabisé notre alphabet, bien que ne possédant que quelques mots d’arabe qui serviront d’exemple.

Les voyelles A, E, I, O, U ont été transformées en petites lettres placées en indice ou en exposant, à la manière des conventions mathématiques, pour leur donner des airs d’accent…
Il est possible de combiner cette arabisation de l’alphabet au système du verlan, ce qui a pour effet de corser une lecture déjà peu évidente, ou, pire, de la combiner au verlan phonétique pour enrichir davantage la densité des signes au centimètre carré.
Des questions ? Contactez Alexandre par courriel…