Saguez et les grands projets

Patrick Roux, group managing director de Saguez & Partners, et Stefano Favretto, directeur de Saguez Favretto et fondateur de Favretto Architecture, nous parlent du grand chantier mis en place pour redonner vie au site Michelin de Cataroux.

Patrick Roux et Stefano Favretto, qui prend la parole pour nous parler du projet de réouverture du site de Cataroux ?
P.R. Au préalable, il me paraît important de noter que c’est une agence de design, en l’occurrence Saguez, qui pilote un projet d’une telle envergure, dont l’ouverture est prévue en 2029. Il n’est pas anodin de confier la tête de pont d’un tel projet à une agence comme la nôtre – transformer un terrain de 10 ha – en rassemblant autour d’elle l’ensemble des parties prenantes. Pour Michelin, il s’agit d’un projet stratégique au cœur de sa marque en lien étroit avec son activité et son territoire d’origine. Rappelons que Michelin est historiquement installé sur Clermont-Ferrand et a noué une relation séculaire avec jusqu’à 30 000 techniciens sur le bassin clermontois (ndlr : quelques milliers aujourd’hui sur un effectif total France d’environ 17 000 à 19 000 personnes). 

Quel est l’objectif du renouveau du site de Cataroux ?
P.R. Le propos est de rouvrir ce site au bénéfice la ville. Il y a déjà eu un certain nombre d’actions qui ont été entreprises : ainsi, le Michelin Innovation Park de Cataroux – qui est la marque de ce site industriel (ndlr : un Michelin Innovation Park existe également à Shanghai) – a déjà ouvert un centre d’enseignement et de formation doté d’une ambition régionale, ainsi que très prochainement un pôle d’innovation collaboratif destiné aux start-up, à une échelle nationale.  Notons également un Centre des Matériaux Durables dont l’objet est de la R&D industrielle en partenariat avec divers acteurs, au-delà du pneumatique, sur le recyclage des matériaux. Le renouveau du site de Cataroux passe en particulier par le nouveau Quartier des Pistes, élaboré à partir de ce qui était anciennement consacré à la recherche et aux tests des pneumatiques à l’aide de 12 pistes d’essai. Il s’agit d’un bâtiment très emblématique autour duquel la ville a poussé. L’activité dans ce lieu s’est arrêtée il y a une vingtaine d’années pour ne garder qu’un service de stockage. Cela fait longtemps que Michelin réfléchit à la transformation de ce lieu. L’objectif, avec Saguez, est de mettre en œuvre une transformation urbaine, dans laquelle l’on redonne de l’activité à ce lieu, en intégrant une dimension sociale dans la composante de marque, aspect majeur pour Michelin, 

Comment s’organise le projet Quartier des Pistes ?
S.F. Il s’organise selon trois temps. Tout d’abord, nous avons élaboré le récit fondateur ainsi que la programmation des parcours et des usages. Ensuite, nous avons validé la faisabilité économique et fonctionnelle du projet, en liaison avec Deloitte et Universcience). Enfin, l’étape du master plan, de l’urbanisme et de l’architecture : pour cela, nous nous sommes appuyés sur un groupement emmené par Saguez, dans lequel on retrouve Saguez & Partners (récit identitaire, programmation des usages, management du projet), Saguez Favretto (coordination des études master plan), Favretto Architecture (co-architecture des Pistes), Asphalt (urbanisme), Christian Laporte – CLAP (co-architecture des Pistes), Atelier Format Paysage (paysagisme), Atelier Franck Boutté (ingénierie environnementale), SETEC (planification, réglementation et environnement juridique, études techniques et environnementales) et Tecta – Vertical Sea (études techniques espaces publics, réseaux, gestion des eaux pluviales). 

Comment ce Quartier de Pistes se structure-t-il ?
S.F. Remarquons au préalable que 30% de la surface a été redonné à la nature. Du point de vue global du design, de l’urbanisme et de l’architecture, quatre fondamentaux ont été pris en considération.  Premièrement, dessiner et remodeler le site de telle sorte qu’il constitue à la fois un témoignage de l’histoire et une passerelle vers de nouveaux usages des populations futures. Deuxièmement, relier cette transformation du lieu à un usage précis et à une dimension économique identifiée pour que le projet soit viable. Troisièmement, ouvrir au maximum le site aux environs, autrement dit, être à l’opposé du secret dans lequel le site baignait lorsqu’il était en activité. Quatrièmement, opérer une transition écologique et donc mener une action de déconstruction en faveur, en particulier, d’un parc de 3 ha en lieu et place de la voie goudronnée. C’est donc à partir de ces quatre fondamentaux que le design a été conçu, avec la volonté de ne pas reconstituer les 25 000 m² d’origine, mais d’en révéler 25% de la surface.  Seul le roulement au sol a été sauvegardé et fait partie intégrante de la promenade publique. Au cœur du bâtiment, on se trouve désormais à l’air libre. La partie restaurée du bâtiment permet une expérience immersive qui donne l’occasion de revivre une partie de l’activité passée. En fin de promenade, on verra l’architecture des rampes dans un environnement paysagé et poétique au sein duquel prendra place le recueil des eaux de pluie, ce qui rend le site autonome en arrosage (ndlr : le site est également autonome en matière d’énergie électrique).
P.R. Il y a en effet un gros travail environnemental qui a été effectué afin de se reconnecter avec la nature, mais aussi un gros travail d’imperméabilisation des sols ainsi que de recueil des eaux pluviales, comme vient de le dire Stefano. J’ajoute aussi un gros travail sur le pilotage des températures dans le but de préserver la qualité de vie sur ce nouveau site, avec notamment des espaces végétalisés, avec un arrosage 100% récupéré des pluies. J’ajoute également un Quartier Fraicheur comme refuge climatique l’été, un Quartier Bas Carbone pour la sobriété des besoins énergétiques, et une centrale solaire avec 1000 m² de panneaux. 

En guise de conclusion ?
P.R. Je souhaiterais insister sur ce point dont nous faisions état en début d’interview : une agence de design peut être un point d’entrée crédible pour ce type de projet de grande envergure. Nous avons démontré notre capacité à monter et piloter un écosystème large pour mener à bien un projet qui est à la fois un projet d’activité et un projet de vie. Il y a là une relation forte entre design, territoire et entreprise. Des marques comme Michelin tiennent en effet à ce que leur entreprise soit des animateurs importants sur le plan territorial, rôle amplifié par le design.

Une interview de Christophe Chaptal

Article précédemment paru dans le Design fax 1387