Taïwan, le pays du design ?
Le congrès mondial du design organisé par Ida (International Design Alliance) s’est déroulé pour la première fois à Taipei, capitale de Taïwan.
Invité par le gouvernement chinois, Gérard Caron est revenu avec quelques images, des réflexions et une question : Taïwan, le nouveau pays du design ?
Occident, réveille-toi !

Le design en grand
S’il fallait ne retenir qu’une seule expression de cette semaine consacrée au design, ce serait bien celle-ci : Taïwan voit le design en grand. Et ce à plus d’un titre. Un sujet de réflexion pour nous Européens.
Grand par l’importance de l’organisation de l’événement
Pendant toute une semaine, la capitale taïwanaise a vécu au rythme du design.
Les panneaux publicitaires immenses – et bien conçus –, des lieux de conférences modernes et des halls d’expositions aux tailles impressionnantes répartis dans la ville donnaient la mesure de l’intérêt accordé à nos métiers.
Tout cela était impressionnant, je dois l’avouer, lorsque je mets en parallèle nos manifestations parisiennes si laborieusement élaborées et, comparativement, si peu spectaculaires.
Alors que nous sommes bien à Paris dans une capitale mondiale du design…



Grand par la palette des métiers participants
Des expositions gigantesques (de la taille des halls de la Porte de Versailles) accueillaient des millions de visiteurs venus en famille. La cause en est simple : les acteurs du design dans toutes ses formes participaient, de l’automobile à l’alimentation, la mode, les médias, la biodiversité, les jouets…
Tous présentaient leurs activités, leurs nouveautés avec démonstrations, défilés, animations, conférences, etc. D’une manière accessible pour les visiteurs aussi bien professionnels qu’amateurs.
Il fallait être là pour se rendre compte de la diversité de nos métiers et combien ils touchaient notre vie quotidienne… et par voie de conséquence le cœur du public !
J’y ai éprouvé un sentiment de fête et de joie que je n’ai jamais rencontré ailleurs dans un événement lié au design ! Ici, loin de s’adresser à une élite, présente bien entendu, le design s’adressait au grand public en une grand-messe collective.


Grand par l’ouverture d’esprit
Les séminaires organisés durant toute la semaine dans plusieurs salles réunissaient de 1000 à 4000 participants ! La recette est simple là aussi : les sujets abordés positionnaient le design sur son champ le plus large : urbanisme, sauvegarde de la planète, aide au développement, hightech, sciences, etc.
Pour ma part, j’ai été invité à donner une conférence sur « les clés du luxe français » dans une école de design et de sciences et technologies qui affiche un effectif de 10 000 élèves, devant un public attentif et curieux.


Grand par choix politique
Les conférenciers venus du monde entier étaient certes invités par l’Ida, mais les énormes frais de structures, de logistiques, les invitations des personnalités venues des quatre coins du monde, la visite de l’île, la médiatisation… étaient pris en charge par le gouvernement et des fonds privés taïwanais.
On pourra me rétorquer que tout en Chine prend des proportions à l’échelle du pays. Certes, si ce n’est qu’il s’agit ici de Taïwan, un petit pays de 23 millions d’habitants qui semble avoir bien compris l’enjeu que représente le design dans le commerce international.
Ce pays nourrit-il des complexes dans ce domaine face à ses voisins comme le Japon, la Corée et la Chine continentale qui investit à vive allure dans les activités du design ? Probablement, car si Taïwan est reconnu aujourd’hui pour son industrie électronique (Acer est taïwanais) en particulier, son nom ne vient pas à l’esprit quand on cite les pays référents en design.
Les positions sont en train de changer dans le monde. Certains pays manifestent une volonté politique forte pour que les changements s’opèrent.
Le design n’est pas épargné par ces mutations…
