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La vie du design · 24 septembre 2007

Quand les designers se prennent au sérieux…

Jean-Jacques Evrard (Pentawards) a rencontré un personnage – très peu représentatif, bien sûr – de nos métiers : le pro qui voit dans le design bien plus qu’un métier… une véritable philosophie, métaphysique de surcroît !
Toute ressemblance… etc.

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Le roi du design

Monsieur Sagaze, vous dirigez la création d’une grande agence de design, vous écrivez dans Libé, vous roulez en Skoda et on trouve le mot « révolution » dans vos plus belles réussites : « Révolution dans le Coca », « Révolution chez Boucheron », « Révolution dans l’émotion ». Vous pouvez expliquer un peu ?

A priori, la crise occidentale est avant tout métaphysique. Effectivement, en termes dialectiques, l’existentiel articule le vécu entre deux référents opposés : l’être et l’avoir. Or globalement, si ce que nous sommes, l’être, ne peut nous être retiré, « avoir » désigne la perte continue du corpus maternel, une perte que rien, jamais, ne pourra transcender. Bien évidemment, la phénoménologie décortique le vécu du senti, mais qu’en est-il du senti du vécu ?

Précisément, notre rôle à nous, designers et spécialistes de l’image, est d’éclairer, pour donner à désirer, le senti du vécu et, donc, de re-créer, dans une perspective néo-révolutionnaire, ou post-structuraliste, l’acte d’achat détourné de son signifiant émotionnel sublimé.

Et comment fonctionne votre agence ?

Nous n’aimons pas le terme « agence » et encore moins « agence-conseil », qui sous-entend un savoir, un pouvoir, une orthodoxie. Effectivement, notre approche est essentiellement projectionniste. Chez nous, chacun participe à l’élaboration : l’annonceur, les forces de vente et le consommateur.

Quels services proposez-vous à vos clients ?

Tous les services. Nous accompagnons le client dans toute sa communication. Notre équipe comprend d’ailleurs tous les artisans nécessaires : un lacanien, deux systémistes, un chétochinologue, un maître zen diplômé, l’ancien bras droit de Séguéla et trois consommateurs professionnels dont un SDF.

Et vos projets ?

Nous n’en faisons pas mystère : nous participons actuellement à une importante compétition organisée par un importateur bulgare de cucurbitacées.

Curcubi… ?

Pour vous, et plus vulgairement, des concombres et des cornichons.

Beau projet. Mais que reprochez-vous aux autres agences ?

Elles ne comprennent rien à la communication.