Félix Balmonet est cofondateur de Chat3D, société qui développe une technologie d’intelligence artificielle générative capable de transformer instantanément une photo, un dessin ou une description textuelle en modèle 3D prêt à l’emploi. Il nous parle de son activité et nous livre son analyse sur l’évolution de la création sous le prisme de l’IA
Félix Balmonet, pourriez-vous vous présenter et nous parler de Chat3D ?
F.B. Je suis ingénieur en mécanique et je suis le cofondateur et président de Chat3D, entreprise qui a été créée il y a 2 ans. Chat3D vient de lever 2 millions d’euros pour développer de l’IA en matière de conception. Notre vision c’est que la voie de dialogue avec un ordinateur passe jusqu’à présent par une interface graphique. C’est d’ailleurs tellement devenu une banalité aujourd’hui que l’on réduit bien souvent l’ordinateur à une interface graphique, laquelle est limitante parce qu’elle ne donne pas accès à la machine. Dans cette optique, l’IA devrait être la nouvelle interface entre le créateur et la machine.
Avez-vous un exemple pour illustrer vos propos ?
F.B. Nous travaillons actuellement pour un gros fabricant français dans le domaine du luxe. Cette entreprise a ses propres designers qui sont de gros consommateurs de maquettes qui vont ensuite être poussées en production. Avec Chat3D, ils n’ont plus qu’à faire une esquisse et notre logiciel la transforme en une 3D automatiquement construite et prête à être retravaillée. Passer du croquis à la 3D ne prend que deux minutes. Cette 3D va ensuite être modifiée dynamiquement. Nous sommes là dans une démarche totalement itérative avec comme idée de fond de faire dialoguer les créateurs et le logiciel.
Quelle est la typologie de vos clients ?
F.B. La plupart de nos clients proviennent de l’industrie créative – jeux vidéo, cinéma, effets spéciaux – ainsi que de l’industrie, et notamment dans le domaine de l’ameublement.
Justement, quel est votre regard sur les métiers de la création compte tenu des progrès fulgurants de l’IA ?
F.B. On constate de façon générale qu’il y a de plus en plus d’itérations. On ne se contente plus d’un concept qu’on avait auparavant mis des jours et des jours à trouver. Le temps passé sur le concept se concentre désormais sur l’itération de la proposition générée par Chat3D. De ce fait, nous ne constatons pas de changements structurels majeurs au sein des équipes créatives, puisque le temps passé au total n’a pas changé : il s’est déplacé de la création à l’itération. Par ailleurs, notre technologie est plutôt vertueuse en matière d’emploi. En effet, le secteur du jeu vidéo et de l’animation, lors de de très grosses productions, faisait jusqu’à présent à des moyens outsourcés. Chat3D permet de relocaliser une production fortement consommatrice de main-d’œuvre, jusque-là externalisée.
Quelle est votre politique en matière de souveraineté de la donnée ?
F.B. Nous recherchons l’optimal concernant le positionnement souverain. Chez nous, tout est anonymisé, et, s’il le désire, nous pouvons placer notre logiciel sur les serveurs de notre client. On est la seule entreprise au monde dans notre spécialité à garantir ce niveau de souveraineté.
Quel est votre modèle économique ?
F.B. Nous avons deux offres : celle de départ, à savoir la mise à disposition d’un logiciel, et une deuxième offre qui consiste en un studio interne qui utilise notre logiciel, lequel logiciel étant accessible via des abonnements selon différentes formules. Chat 3D c’est aujourd’hui une équipe d’une vingtaine de personnes avec d’abord l’ambition de développer sa propre technologie, ce qui, à terme, devrait amener à la profitabilité. On est dans une phase de conquête du marché et de découverte des usages, et on va d’ailleurs passer par une deuxième levée de fonds. Nous projetons que, dans 10 ans, tous les logiciels de 3D auront intégré l’IA. Dans cette hypothèse, nous voulons être le prochain leader mondial – ou a minimum européen –, c’est-à-dire peser plusieurs centaines de millions de chiffre d’affaires sur un marché de plusieurs milliards d’euros, comme celui des jeux vidéo.
Un message pour terminer ?
F.B. Il ne faut pas avoir peur de l’IA, il faudrait même plutôt l’embrasser : si on est feignant, on est tributaire de l’IA, mais si on accepte vraiment de réfléchir, l’IA vous fait devenir plus fort.
Une interview de Christophe Chaptal
Article précédemment paru dans le Design fax 1385
