Branding et sport

Dominique Jubert, directeur général de Leroy Tremblot, agence de branding spécialisée dans le sport, nous fait part des spécificités de son activité  et de son travail pour Moët & Chandon.

Dominique Jubert, pourriez-vous vous présenter ?
D.J. Je suis le directeur général de Leroy Tremblot, agence de design et branding positionnée dans le domaine du sport. J’ai rejoint Leroy Tremblot en 2008 comme directeur du développement et en suis le DG depuis 2020. J’ai, pour ce qui me concerne, toujours été depuis les années 2000 dans les domaines du conseil et du développement commercial. J’ai d’ailleurs été un client de Leroy Tremblot – et avais apprécié son expertise – avant de rejoindre l’agence.   

Quelques mots sur Leroy Tremblot ?
D.J. Leroy Tremblot est l’agence branding de The Fan Syndicate, premier groupe de communication indépendant en France dédié aux acteurs de l’économie du sport. Nous sommes 15 personnes chez Leroy Tremblot et 50 au total chez The Fan Syndicate.

Vous intervenez pour Moët & Chandon dans le cadre de la Formula 1. Qu’en est-il exactement ?
D.J. On a commencé à travailler avec Moët & Chandon en fin d’année dernière en remportant un appel d’offres en novembre 2024. Pour mémoire, LVMH avait signé un partenariat de quasiment 10 ans avec Formula 1 pour les marques Louis Vuitton, Moët-Hennessy et TAG Heuer. Leroy Tremblot n’intervient que pour la marque Moët & Chandon, ce qui représente un très beau sujet ! Moët & Chandon a une histoire particulière avec Formula 1, car c’est la première marque de champagne présente sur les podiums, même si ce n’était pas de façon marketée. Déboucher le champagne lors des victoires est d’ailleurs devenu un rite, que l’on a retrouvé dans plein d’autres sports. En 2025, il s’agissait de réfléchir à la manière dont Moët & Chandon devait s’exprimer et à ce qu’il pouvait apporter à la F1 en matière d’image et d’expérience en partageant la partie la plus importante, qui est les moments d’émotion une fois que les moteurs se sont arrêtés. C’est en effet le début d’un rituel qui dure 20 minutes : les voitures se retrouvent dans le parc fermé et là débutent les interviews, puis les phases de podium. Là, il fallait remettre de l’émotion et du partage dans ce processus ritualisé. De la chaleur, de l’émotion et du plaisir à faire vivre aux pilotes, à leurs proches, à la team, au constructeur et, bien sûr, aux fans. On a donc amené une “patte” Moët & Chandon dans ce dispositif global de la F1.

Quelles ont été les étapes de votre intervention ?
D.J. Tout d’abord, un travail de cahier d’idées que nous avons confrontées à la réalité du terrain, sachant que chaque course s’effectue dans des configurations différentes – géographies, météorologies, etc. ll a donc fallu concevoir une double mécanique qui permette à la fois de la souplesse et de la constance dans la prise de parole de la marque. On a construit un dispositif avec de la modularité dans la partie parc fermé, dans lequel se retrouve un emplacement brandé pour célébrer la victoire. On a voulu sacraliser les 3 premières voitures avec une panneautique qui associe la marque Moët & Chandon. Et puis, on a imaginé des moments nouveaux avec un gloryfier destiné à un magnum de champagne. Un pilote qui fait un podium entre dans la légende des vainqueurs : c’est une mécanique que l’on met en avant pour que ces cheering moments restent uniques. D’autre part, on a scénarisé la cooldown room avec du mobilier spécifique et une organisation des lieux permettant d’emmener le pilote dans l’histoire des palmarès historiques des grands prix. La marque Moët & Chandon est présente, de façon discrète : on a joué sur la subtilité et l’élégance propres à la marque avec, par exemple, un système d’alcôve pour poser les casques, une écriture manuscrite pour célébrer le pilote, etc. Et lorsque c’est possible, on a prévu un corridor brandé entre la cooldown room et la zone podium où se trouve un podium intégralement dessiné aux codes Moët & Chandon. Et comme je vous le disais, le tout est modulable en fonction des configurations de chaque grand prix.

Comment voyez-vous évoluer le branding dans le sport ?
D.J. L’une des raisons pour lesquelles nous sommes spécialisés dans le sport est que celui-ci répond à des codes spécifiques. D’abord, c’est l’un des seuls univers, avec la musique, où la notion d’émotion et de passion est décuplée, avec des hauts et des bas importants. C’est donc un univers qu’il faut savoir comprendre et décoder. Ensuite, dans l’univers du sport, on est confronté à des choses inconnues sur des marchés traditionnels, et en particulier le foisonnement des marques, et cela peut être n’importe quelle marque, qui chacune émet des signaux divers et variés. D’autre part, selon les sports, les paramètres de vitesse et de déplacement sont très divers et s’apprécient dans des conditions météorologiques variées – ce sont des situations instables par définition. La médiatisation est également particulière : la marque est une conséquence, ce n’est pas l’objet de la retransmission – on ne maîtrise donc pas le choix éditorial. Autre contrainte, spécifique à la marque Moët & Chandon : c’est d’abord une marque conçue pour les bouteilles et leurs packagings, la voiture n’est donc pas un territoire naturel. Tout cela, sachant que les autres marques partenaires, détenteurs de droits, ne veulent plus amener une marque sur un support, mais proposer une expérience à des spectateurs exigeants, avec des histoires conséquentes et cohérentes. Enfin, tous ces phénomènes sont amplifiés par la surmédiatisation du sport et la multiplication des occasions de prises de parole. 

Une interview de Christophe Chaptal

Article précédemment paru dans le Design fax 1384