François Fouques Duparc, fondateur et directeur général de BLAZON / Crossdesign, agence notamment spécialisée dans les vins et spiritueux, nous parle de son parcours et de son métier.
François Fouques Duparc, pourriez-vous vous présenter ?
F.F.D. Je suis le deuxième d’une famille de deux enfants avec un père tisserand. J’ai toujours été baigné dans l’art et la volonté de concrétiser ses créations. Ainsi, je joue au golf avec mes propres clubs que j’ai dessinés et réalisés et ma femme porte des bijoux que j’ai conçus et fabriqués. En ce qui concerne mon parcours, j’ai suivi une formation d’électromécanicien et, en parallèle, j’ai fait deux ans de droit et ai suivi des cours de modelage aux Beaux-arts, sans compter l’Institut Français de Gestion et un diplôme de gravure ornementale à l’École Boulle. J’ai découvert le design grâce à Hubert de Malherbe qui était chez Alain Carré à l’époque, et ce fut une véritable révélation. J’ai ensuite rejoint Christian de Bergh chez Lonsdale, puis je pars chez Ekonos où j’apprends la notion de marque. Au départ chargé de projet, puis directeur du développement, je ramène la presque totalité des clients et j’émets le souhait d’être associé. Cela n’a pu se faire, et je décide de partir pour Euro RSCG Design où officiait Jean-Baptiste Danet et où je croise Frédéric Lalande, puis Clément Derock, avec lesquels nous décidons de créer Seenk. De ce fait, je quitte Euro RSCG Design au bout de trois ans. Quelque temps après avoir créé Seenk, nous créons l’École Intuit Lab – en trois jours – avec Patrick Felices. En 2004, je me sépare de Seenk et je monte BLAZON / Crossdesign dans la continuité de ma route en design consumer, design food et branding 360°. L’un des points saillants de mon parcours a été de vivre une certaine révolution du design, avec l’arrivée des écrans et des supports mouvants en général.
Parlez-nous de BLAZON / Crossdesign
F.F.D. C’est une agence spécialisée à 90% dans les vins et les spiritueux. Notre credo est le crossdesign, qui place la marque comme l’élément central vers lequel convergent quatre axes : l’histoire et l’avenir ; les mots et les images, le statique et la dynamique ; la raison et l’émotion. Nous sommes totalement animés par la vision de marque et sommes habités par une raison existentielle de faire notre métier. C’est d’ailleurs pour cela que nous apprécions tant le secteur des vins et spiritueux, car on y trouve des gens authentiques qui ont besoin de l’apport du branding pour développer la part immatérielle de leurs produits. Là, on s’intéresse aux hommes et aux femmes, à la culture et au terroir. Ce champ d’expression de la marque est très pur et très vrai. On ne peut pas tricher. Concernant l’organisation de BLAZON / Crossdesign, nous sommes sept personnes : c’est donc une petite agence où je suis multitâches. Notre particularité est que nous ne faisons travailler aucun freelance, sauf un ou deux profils pour les sites web ou concernant certaines compétences 3D très pointues. Nous accompagnons des leaders mondiaux sur des problématiques globales de marque, de territoire, d’activation et de packaging – qui est le cœur de notre métier. Et puis, si l’on s’appelle BLAZON / Crossdesign, c’est aussi parce que nous avons une profonde croyance dans la force de l’emblème. N’oublions pas que le blason est l’ancêtre de la marque ! Ainsi, pour renommer les Vins de Saint-Tropez en Torpez, nous nous sommes appuyés sur le fait que Torpes était un officier romain de la cour de Néron. Autant dire qu’il faut parfaitement savoir qui l’on est pour bien dire ce que l’on veut ou doit être.
Quelles sont vos ambitions à cinq ans ?
F.F.D. De m’arrêter ! Il y a tellement de choses qui m’intéressent, comme des engagements associatifs ou de la création dans des domaines divers. À court terme, si je trouvais un directeur de création et un directeur de la clientèle, je pourrais dégager du temps pour faire ce que je sais très bien faire : du développement. En me remettant au commerce, je multiplierai le chiffre d’affaires par trois rapidement ! Et cela, dans une démarche qui place l’honnêteté, la rigueur et la constance comme des fondamentaux, à la fois dans mes relations à l’autre, mais aussi dans mes rapports avec les marques, et en particulier pour ce qui concerne leurs engagements sociétaux.
Votre vision du design en France, tel que pratiqué et enseigné ?
F.F.D. L’enseignement suit les accélérations soudaines de la technologie, ce que l’on peut concrètement constater avec l’IA. Ainsi, chez BLAZON / Crossdesign, on est capable de concevoir une campagne de communication intégralement réalisée avec l’IA. Les jeunes générations sont d’ailleurs happées par la technologie et les outils, ce qui fait que j’ai le sentiment qu’elles ont un peu perdu le geste. Pour moi, le “vrai” designer prend le crayon quand on lui parle pour produire une image : ces designers, cela fait des années que je n’en ai pas vu. Il ne faut jamais oublier le côté geste, le dessin, le trait. En matière de tendance, je constate que les marques privilégient aujourd’hui le sens et se rehaussent de plus en plus. Les marques s’étaient standardisées entre les années 2010 et 2020, sans doute dans une volonté d’une sorte d’égalité universelle. En ce moment, les marques se remettent à oser avec des emblèmes incarnés et incarnants. La demande de différenciation et d’identités fortes est très palpable.
Un message pour terminer ?
F.F.D. Je voudrais rendre hommage à Jean-Charles Gaté (ndlr : le fondateur de Design fax), qui a créé un journal existentiel pour le design, et qui d’ailleurs l’est toujours aujourd’hui !
Une interview de Christophe Chaptal
Article précédemment paru dans le Design fax 1380
