Masayoshi : du papier, des bouts de ficelles et… du talent !
La galerie Talbot expose en mai un ex-designer japonais, Masayoshi, qui a choisi l’art pour s’exprimer en France.
Son inspiration – la civilisation japonaise Jomon (–10 000 ans bc) – est derrière ses œuvres faites de papier, de cordes et… d’une culture originale.
À visiter…

Passer du design à l’art, c’est facile ?
Le design, que j’ai exercé au Japon, était une manière d’exister dans un monde qui ne reconnaissait pas mon art, pourtant inspiré de la civilisation fondatrice du Japon, celle des Jomons, née vers 12 000 ans avant notre ère !
Les Japonais préfèrent prétendre qu’ils émanent d’une divinité, il y a 9000 ans de cela !
J’ai pu venir en France sur les recommandations d’un artiste français célèbre aux US, Pierre-Marie Brisson.
Ici, j’ai exposé mes bouts de ficelle comme vous dites, mais remarquez que j’utilise aussi du caoutchouc…
Donc exit le design ?
Le design m’a permis de me concentrer sur le sens des formes, sur les matières et les couleurs. J’y ajoute un sens propre à ma culture d’origine.
Le design est loin maintenant, car quand je crée je n’ai aucune contrainte de résultat financier, ce qu’il ne faut pas dire à mes galeristes !

Votre création le Zen Noir, faite de caoutchouc, est surprenante, fini donc le papier et les bouts de ficelle ?
Vous pouvez y voir une transposition moderne d’un jardin zen de Tokyo. Mais c’est pour moi une façon d’ouvrir une nouvelle porte vers un monde à explorer. Une sorte de challenge. La réaction des Occidentaux à Zen Noir est très positive, j’en suis surpris…

Qu’avez-vous exprimé au travers de ces formes d’œufs tantôt ficelées, tantôt avec des excroissances bizarres, comme des germes qui poussent ?
C’est bien comme cela que j’appelle ces créations : des germes, des germes de vie. À vous d’imaginer ce qu’ils contiennent comme espérance de vie. Car, dans l’art Jômon, il y a un esprit en chaque chose. Je contiens ces forces, je les ficelle pour qu’elles ne s’échappent pas.
Dans ce monde, nous avons besoin de ressentir des émotions vraies, primitives, authentiques. De quelques valeurs que possédaient les anciens, mais avec des codes modernes. C’est là toute la difficulté. D’où le sublime papier fait à la main que je trouve en France et le caoutchouc noir.
Dans votre dernière exposition, on peut déceler une trace de l’art aborigène, non ?
Les Jômons et les Aborigènes sont des autochtones contemporains pour une longue période, d’Australie et du Japon. On y trouve naturellement des similitudes d’inspiration, comme on peut en trouver avec la race Aïnous qui vivait au nord du Japon.

Leurs arts portent un sens humain universel. De la même manière, les touristes du monde entier qui visitent les jardins zen à Kyoto ne connaissent que peu de chose du bouddhisme, pourtant ils sont émus devant ces chefs-d’œuvre.
L’art dans sa recherche de l’essentiel peut être universel.