Irak design
Quelques lecteurs d’Admirable Design nous ont fait part de leur intérêt pour le design de guerre. Bon… Dans la mesure où les tanks et les avions devront exister tant que les hommes ne seront pas raisonnables, arrêtons-nous donc quelques instants sur le design de l’actualité. Questions de responsabilités.
Le design de guerre

Un design de protection
On ne peut pas comprendre les fondamentaux du design de guerre si l’on ne regarde pas, au moins pour un instant, en arrière. Sans remonter aux guerres d’Alexandre le Grand ou de César, qui utilisaient déjà du matériel de protection à base de métal et de « design pour impressionner l’adversaire », on peut s’arrêter au moment du Moyen Âge en Occident.
Les nobles, dans leurs armures métalliques, montés sur des chevaux eux-mêmes protégés d’armures, associaient la nécessité d’une sécurité maximum, d’une relative légèreté, d’une mobilité des gestes. Et sur ce plan, certains créateurs d’armures étaient plus avancés que d’autres. Les notions d’ergonomie existaient déjà, bien entendu ! On peut les considérer comme des artisans-designers dans la mesure où ils devaient intégrer de nombreuses contraintes fonctionnelles dans leurs œuvres.

Ajoutons à cela la nécessité esthétique qui était porteuse de deux objectifs :
- le premier était d’identifier le seigneur combattant, en exprimant sa richesse, son pouvoir et ses armes familiales (le logo, dirait-on aujourd’hui). Question d’image identitaire, vitale sur les champs de bataille ;
- le second était d’impressionner l’adversaire ! D’où des designs et des couleurs agressifs ou faisant référence aux peurs de l’époque : le diable, les fauves, les dragons, etc.

Virilité d’abord…
On aura compris que rien n’a fondamentalement changé depuis cette époque. George Bush joue son poste de président sur l’image et la performance de son armée. Les chaînes de télévision retransmettent des images de machines, d’engins plus impressionnants les uns que les autres.

Il s’agit de montrer des designs et des images virils qui, là aussi, ont deux objectifs principaux – en dehors de celui d’emporter la victoire, of course… :
- entraîner l’adhésion des populations et des soldats américains, transformés en héros d’une cause juste quasi religieuse. Avant même l’engagement du conflit sur le terrain, ils ont eu droit à des démonstrations du déploiement militaire : la présence d’engins puissants aux designs guerriers sur tous les écrans pendant plusieurs mois ;

- impressionner les puissances ennemies. Ne voyons-nous pas sur les avions ou les tanks des décors qui reprennent les mâchoires ouvertes de requins ou l’image de dragons ? Impressionner l’imaginaire de populations militaires et civiles par la crainte et la peur. Ce n’est pas nouveau.

Un design qui fait rêver !
Paradoxe du matériel de guerre. Tout le monde est prêt à le condamner. Et pourtant, il est porteur d’un mythe de puissance, de virilité, voire de sexualité, qui touche le plus profond de l’homme.
Certaines esthétiques de guerre sont belles, il ne faut pas se le cacher. Il suffit de regarder certaines images qui illustrent cet article ! Ou simplement de s’interroger sur la place des armes dans les films à succès dans le monde entier. Sans parler de la vague permanente des films de guerre régulièrement en tête des hit-parades.

Devons-nous le regretter ? Le design devrait être porteur de plus de douceur et d’harmonie, de rêves et de poésie dans le quotidien de notre planète surpeuplée. Apporter la respiration, le plaisir, voire un peu de culture dans un univers de la consommation.
Faut-il condamner pour autant les designers qui travaillent sur les armes ? Ou ne vaut-il pas mieux condamner notre hypocrisie personnelle face à la marche du monde ? Mais je crains de dépasser le cadre d’Admirable Design…

Le design de guerre existe, nous ne pouvons pas le taire, et les professionnels qui l’exercent sont dignes de respect au même titre que ceux qui designent les automobiles ou les fours à micro-ondes. Souhaitons seulement qu’un jour, faute de demande, ils aient à se reconvertir dans le design des jouets ou du snowboard.
Ce jour-là, nous mériterons ce beau nom d’« homme ».

Un site où trouver les armements et engins engagés dans le conflit irakien : CNN