Article publié le 22 mai 2016 dans Fashion design AddThis Social Bookmark Button

Poupée Barbie : ABC de la beauté ?

Admirable Design lieu de toutes les rencontres ? À vous de juger avec l’arrivée du biophysicien, ingénieur de la beauté, apprenti-philosophe (excusez du peu) Jean-Pierre Forestier auquel nous avons demandé de répondre à la question "qu’est-ce que la beauté ?" (vous voyez le rapport avec le design ?). Ce qu’il fait dans ce premier article en prenant pour modèle la poupée Barbie au corps de fillette impubère !! Lisez son texte bourré d’humour, sous forme d’un dialogue décalé ; ou l’art de se cultiver dans le fun...
Professeur Jean-Pierre nous vous écoutons...

- Bonjour Euphrosine,
- Bonjour Professeur.
- Gérard Caron m’a demandé de t’enseigner la Beauté.
- La Beauté n’est-elle pas toujours Admirable ?
- Elle est parfois contestable. Et c’est pourquoi nous allons commencer par ceci.
- Mais c’est une poupée Barbie !
- Objet de rêves quand tu étais une petite fille, peut-être de scandale maintenant que tu es adulte, au delà de l’adulation ou de l’indignation, c’est en professionnels que nous allons regarder Barbie.
- … ?
- Et d’abord, en professionnels, définir la beauté.
- Je croyais que c’était impossible, Professeur, trop personnel, trop intime ou trop variable.
- C’est ce qu’a laissé entendre, avec humour, Voltaire : « Demandez à un crapaud ce que c’est que la beauté. Il vous répondra que c’est sa crapaude avec deux gros yeux ronds sortant de sa petite tête, une gueule large et plate, un ventre jaune, un dos brun. »
- Beurk !
- En réalité, par ses propos, Voltaire définit avec précision la beauté de la crapaude, alors pourquoi se priver de définir celle de la femme ?
- La comparaison est peu flatteuse.
- Il s’agit pas ici de flatterie, Euphrosine, mais de définir scientifiquement des critères de beauté.
- Que nous allons appliquer à Barbie.
- Exactement. Utilisons d’abord le premier niveau de critères, celui de la Beauté intrinsèque.
- … !
- Oui, je sais qu’« intrinsèque » n’est pas un mot très seyant, surtout appliqué à la beauté !
- La beauté d’un vieil arbre sec !
- Hum ! Cette beauté est intrinsèque, car elle est indépendante de tous facteurs extérieurs, ceux auxquels Voltaire faisait allusion. De cela aussi nous pourrons rediscuter.
- Un autre lundi, Professeur ?
- Avec plaisir, Euphrosine.
- Ce niveau de beauté ?
- Il fait naturellement référence au visage féminin. Un visage féminin est beau, d’abord s’il est symétrique et ensuite, selon une juste et originale proportion dans les distances, s’ajoutent les yeux en amande et bien dégagés des sourcils, les pommettes hautes, et enfin le menton triangulaire.
- Peut-être bien. Effectivement …..
- Pour finir de t’en convaincre, Euphrosine, il te suffit de regarder toutes les Reines de beauté, les Miss, comme on dit aujourd’hui. Toutes, absolument toutes obéissent à ces critères, depuis Miss Norvège jusqu’à Miss Tanzanie, en passant par Miss Chine. Et si tu vas admirer des peintures anciennes, et si elles représentent des visages féminins, la Beauté intrinsèque t’apparaîtra dans toute son universalité. »
- Je vois bien la symétrie, les yeux en amande, une bonne distance avec les sourcils, les pommettes hautes, et un menton triangulaire sur le visage de Barbie. Mais je vois aussi ses grands yeux, bordés de longs cils, sa grande bouche, son petit nez retroussé.
- Et elle est blonde. Tous ces paramètres, et bien d’autres que nous verrons plus tard, appartiennent au deuxième niveau de la Beauté. Il est davantage soumis à la mode, il est moins universel que la Beauté intrinsèque, il s’agit de la Beauté évoquant la jeunesse
- … ?
- Les yeux comme les cils et la bouche sont proportionnellement plus grand chez la fillette que la femme. Les grands yeux, les longs cils et une grande bouche apparaissent donc comme évoquant la jeunesse.
- Des yeux, des cils et une bouche qui sont maquillés !
- Maquillé, maquillé !
- Je vous ai choquée, Professeur ?
- Un peu. En professionnel, je n’aime pas beaucoup le mot maquillage, je le laisse aux garagistes véreux.
- Pourtant Baudelaire a bien écrit un éloge du maquillage.
- « Tout ce qui orne la femme, tout ce qui sert à illustrer sa beauté, fait partie d’elle-même ».
- Vous voyez !
- Baudelaire a aussi écrit superbement que la femme « doit se dorer pour être adorée », mais je préfère dire que Barbie a été mise en beauté, ou que sa beauté a été rehaussée.
- Je vous accorde la mise en beauté et ce rehaussé, Professeur. Et le nez ? Ce petit nez retroussé ?
- Avec le nez, l’évocation plonge dans la plus petite enfance, celle du bébé qui aplati pour téter son nez sur le sein de sa mère.
- Et cette blondeur que vous m’avez fait remarquer ?
- Quelque soit la teinte des cheveux des parents, celle des jeunes enfants est souvent plus claire que celle des adultes. C’est ainsi que blondeur entre dans la Beauté évoquant la jeunesse.
- Et dans bien d’autres fantasmes, Professeur, mais Barbie n’a pas qu’une tête, aussi jolie soit-elle, elle a un corps.
- Et c’est justement ce corps qui appartient entièrement, ou presque, à la Beauté évoquant la jeunesse.
- … ?
- Ce corps n’est pas celui d’une femme.
- … ?
- Le visage de Barbie est celui d’une femme, mais son corps est celui d’une fillette, une fillette d’une douzaine d’années.
- Non formée. Impubère ?
- Exactement. Regarde sa minceur, sa taille bien marquée, ses attaches fines,
- Et ses longues jambes !
- Bien observé, Euphrosine.
- Alors quand j’enfile mes stilettos, c’est pour allonger mes jambes et évoquer ma jeunesse.
- Qui pout toi n’est pas si ancienne ! Mais oui, les talons hauts pourraient bien avoir cette fonction.
- Minceur, chevilles et poignets fins, longues jambes, je veux bien, mais ces seins ne sont pas ceux de ma frêle jeunesse.
- En créant cette poupée, Ruth Handler dans une géniale intuition a su parfaitement agréger la beauté évoquant la jeunesse avec celle de la femme. La Beauté intrinsèque du visage, et la poitrine, sont ceux de la femme, tout le reste appartient à la Beauté évoquant la jeunesse.

(ci-contre poupée romaine en ivoire)- En jouant avec cette poupée, la fillette que j’étais s’imaginait déjà femme.
- Tu viens de résoudre une grande partie du mystère du succès indéfectible de Barbie !
- Merci Professeur.
- Ajoute que par Barbie, tu te projetais non seulement en femme, mais en femme indépendante. Pour mieux le marquer, Ruth Handler offre à sa créature une voiture. Barbie la conduit elle-même, ce qui, surtout à cette époque, et surtout aux Etats-Unis était un très fort symbole de liberté.
- Barbie symbole de la liberté et de l’émancipation féminine !
- Je le crois. Et je crois aussi que les esprits chagrins et ronchons qui s’évertuent à conspuer Barbie voudraient que ce soit un poupon que la fillette berce entre ses bras, et ainsi déjà confiner la future femme dans ses fonctions maternelles et de soumission.
- Pourtant ce sont souvent des femmes qui traitent Barbie de monstre, de monstre anorexique.
- Du point de vue biologique, Barbie est une chimère femme/fillette. Et si elle est un monstre alors que dire de Minnie ou de Oui-oui ?
Dans leur aveuglement, elles oublient que Barbie est une poupée, seulement une poupée, et que cette poupée est destinée aux fillettes et aucunement un étalon d’absurdes mensurations féminines. J’ajoute que ces femmes qui critiquent Barbie et qui se croient féministes n’ont pas compris que c’est par sa féminité que la femme gagne sa liberté, et que celles qui veulent singer les hommes ne parviennent qu’à être des guenons !
- Je vous laisse la responsabilité de votre jugement, Professeur. Mais quelle est cette photo que vous tenez cachée ?
- Je la gardais pour la fin. C’est une sigillum romaine.
- La ressemblance avec Barbie est stupéfiante.
- C’est juste la preuve de l’éternité féminine. Juvénile, la femme se projette en adulte, et une fois qu’elle y est parvenue, elle n’a de cesse que d’évoquer sa jeunesse !
- En attendant l’éternité, nous reverrons-nous lundi prochain, Professeur ?
- Si Gérard Caron nous y invite, Euphrosine !
- Perchée de mes stilettos, je saurais jouer de ma beauté rehaussée, avec adresse.

(JEAN-PIERRE FORESTIER)

Vous pouvez admirer Barbie sous tous les angles et toutes les tenues au Musée des Arts décoratifs jusqu’au 18 septembre à Paris

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Auteur de L'article

Jean-Pierre Forestier

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