Article publié le 28 mars 2016 dans Opinions AddThis Social Bookmark Button

Musique, trop de musique ? (part 1)

Nicolas Duperron (agence de design sonore Chutonvousécoute) nous livre un article extrêmement documenté sur la curation musicale. Ce terme en vogue sur Internet désigne l’art de collecter, organiser et mettre en valeur tous types de contenus autour d’une thématique donnée. Admirable vous propose aujourd’hui la première partie qui traite de l’art de gérer,pour l’auditeur, cette disponibilité sans limite de la musique en streaming ou en playllist.
La curation musicale : il est urgent de connaître...

La curation musicale...

Dans les domaines de la création et de l’industrie musicale, l’ère du numérique a apporté son lot d’innovations et bouleversé les mœurs. Dans un contexte où la musique est devenue un contenu immatériel aussi disparate qu’interchangeable, les enjeux et intérêts se sont déplacés laissant place à une voie nouvelle : celle de la curation.
Initialement dédié à la description du travail d’un commissaire d’exposition, le terme de curation s’est ainsi répandu, généralisé et s’applique désormais à toute activité de veille et de sélection de contenu -musical dans notre cas-. Cette curation agit comme une réponse adaptée au besoin de recommandation des plateformes de streaming, à mesure que l’accès à la musique devient illimité et le choix cornélien.
Dans ce dossier, nous nous sommes appliqués à étudier cette dynamique curative en tant que vecteur de transformation, d’enrichissement ou de réinvention de l’expérience musicale.
La curation : la nouvelle formule éditoriale
Accessible par tous et de toute part (Deezer, Spotify et Soundcloud régnant en maîtres), la musique n’a jamais été aussi diversifiée et l’enjeu de sa diffusion aussi complexe.
Passé le premier âge de la musique en ligne, marqué par la course à la taille des catalogues, le conseil est devenu l’enjeu central de la consommation musicale. Si les catalogues des services de streaming sont désormais peu ou prou les mêmes, la recommandation est devenue la nouvelle préoccupation de l’utilisateur : il ne se demande plus ce qu’il peut écouter mais ce qu’il peut découvrir.
L’industrie musicale est tenue de répondre à ce phénomène en réinventant des modèles éditoriaux plus transversaux. C’est là que la playlist se déploie en tant que nouveau format de prédilection. D’après une recherche MIDia menée sur 1500 personnes, 45% des prospects utilisateurs de plateformes de streaming gratuites écoutent des playlists contre 31% pour l’écoute d’albums.
Fruit du croisement entre curation, algorithmes complexes et analyse de data, la recommandation musicale vit son âge d’or. De la playlist dédiée au running proposée par Nike à la playlist composée par Beyonce pour Tidal, la playlist se démocratise, fleurit et prospère.
Décryptage des évolutions et enjeux de la recommandation au service d’une expérience musicale enrichie, transformée et toujours plus adaptée à chaque instant de vie.

Au cœur de la recommandation, l’analyse de données
Dans cette optique de conseil, les plateformes d’écoute s’appuient sur des experts qui analysent les données générées par le comportement des auditeurs. Cette méthode qui consiste à étudier nos habitudes d’écoute pour mieux nous guider s’appelle le filtrage collaboratif. Le croisement des données des utilisateurs permet de générer une curation suggestive. Spotify, Amazon ou encore Discogs y ont recours.
Une autre forme prise par la curation algorithmique est l’écoute technologique. Ce terme décrit la recherche d’éléments spécifiques dans chaque morceau tels que la présence d’instruments, de fréquences, de voix masculines ou féminines. Le service de streaming américain Pandora a ainsi poussé l’analyse musicale dans ses retranchements avec son programme nommé « Music Genome Project » dans lequel des spécialistes de la musique analysent chaque morceau selon quatre cent cinquante critères.
Le développement des capacités des algorithmes renouvelle le débat qui concerne la propension de la technologie à remplacer la curation humaine dans notre accès à la musique. Il oppose la curation algorithmique censée apporter une solution plus démocratique aux attentes de chacun, car éloignée des canaux traditionnels, à la curation humaine plus avertie du fait de sa connaissance des genres, tendances et du background culturel.

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Auteur de L'article

Duperron Nicolas

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